ALLOCUTION

présentée par Monsieur Adrian NASTASE,

Premier-Ministre de la Roumanie,

à l’occasion du vernissage de l’exposition commémorative

« Un homme pour une idée  - 120 ans de la naissance

de Nicolae TITULESCU ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Monsieur le Directeur général,

Monsieur le Directeur,

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

 

 

Ce n’est pas par hasard que c’est ici, à Genève, centre majeur de la diplomatie internationale, que nous rendons aujourd’hui hommage à Nicolae TITULESCU, notre illustre compatriote, un grand Roumain, un grand Européen, un contemporain authentique.

 

Il est né il y à 120 ans, sous l’auréole de l’obtention, par la Roumanie, de son indépendence étatique.

 

Il a été un des signes de Dieu le fait que TITULESCU a été le promotteur de l’évolution, de l’aspiration, du travail acharné, du sacrifice.

 

Eduqué et affirmé à l’Ecole de l’authentique démocratie occidentale, il a agit et il est resté avec honnêteté et dignité au service de la Roumanie, qu’il désirait entière et éternelle, en faisant tout de son mieux – dans son pays et dans les grandes capitales du monde, suivant le testament de foie de ses prédécesseurs, et partageant les efforts généreux de ses grands concitoyens.

 

Il a été un combattant pour l’unité nationale, sur tous les fronts de la démocratie européenne, et on peut le considérer, à juste titre, l’un des créateurs et des artisans de la Grande Roumanie.

 

Personne d’entre nous n’oubliera l’un des plus vibrants et exaltants discours que l’orateur et le patriote Nicolae TITULESCU a présenté en mai 1915 – « Le cœur de la Roumanie » - lors duquel il a plaidé pathétiquement et de manière convaincante pour l’entrée de la Roumanie dans la Première Guerre mondiale, auprès des Alliés, alignement fraternel, d’idées et d’intérêts, qui nous a apporté la victoire. Le Traité de Paix de Versailles, ainsi que les autres du système, de Trianon, de Sèvres, de Neuilly-sur-Seine, ont consacré le vote populaire majoritaire de l’union pour l’éternité de toutes les provinces de la Roumanie. On marquait ainsi l’entrée du nouvel Etat, à pleins droits, dans la communauté internationale, en tant que membre fondateur de la Société des Nations - organisation qui a ouvert de nouveaux horizons à la vie internationale, cadre et tribune à la fois de l’affirmation des Etats petits et moyens, récemment créés. La Roumanie s’est trouvée, pendant 20 années, au centre de la lutte pour la survie des idées de justice et de coopération internationale, de collaboration et de progrès.

 

Monsieur le Directeur général,

Monsieur le Directeur,

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

 

Nous nous trouvons aujourd’hui dans la Salle des Pas Perdus pour rencontrer Nicolae TITULESCU, celui qui a été et qui restera pour toujours notre contemporain, un des plus brillants représentants de la Société des Nations, un homme dont l’envergure est liée à deux décennies d’existence de l’Organisation, deux décennies de lutte dans les tranchées de la paix, au bout desquels il a perdu une bataille, mais non pas la guerre.

 

Nous nous trouvons devant une vraie histoire en images, la plus ample que j’ai jamais consacrée à notre prédécesseur, mais qui ne sera pas suffisamment large pour couvrir un univers d’idée et d’action, qui, malgré l’existence, au moins chez nous, des autres illustres hommes politiques et diplomates roumains, n’a rien d’égal.

 

Ensuite, vous allez vous demander, comme moi, et n’importe qui peut le faire, en quelle mesure les images, les photographies, les fac-similés, les portraits, les images de groupe, les participations à des pourparlers bilatérales et multilatérales, à des tribunes académiques et à des conférences internationales, sont capables de surprendre et de marquer la pensée intime, le sentiment, la tension, la confiance et la peur, la joie du succès et l’amertume de l’échec.

 

Il ne s’agit pas de simples demandes rhétoriques, mais d’une invitation à considérer cette exposition en tant que complémentarité nécessaire et heureuse de l’œuvre écrite de Nicolae TITULESCU – que la Fondation Européenne TITULESCU s’est propposé et désire de restituer dans son intégralité – et des exégèses de plus en plus nombreuses, élaborées et éditées à l’étranger pendant les dernières quelques décennies.

 

L’exposition que nous inaugurons aujourd’hui à Genève – et qui suit à d’autres similaires, même pas de ces dimensions, dans des Etats européens et non-européens, aux sièges de nos missions diplomatiques, aux centres culturels et à des institutions à vocation internationale – représente le résultat de l’effort conjugué du Ministère des Affaires Etrangères de la Roumanie, de la Bibliothèque de l’Académie Roumaine et de la Bibliothèque Nationale de la Roumanie, des Archives Nationales qui ont permis, avec générosité, l’accès à leurs fonds documentaires, pour la réalisation de cette nécessaire reconstitution d’image que nous espérons entièrement persuasive.

 

Notre gratitude se dirige, en même temps, pleine d’affection, vers l’Office des Nations Unies à Genève, vers Monsieur le Directeur général Serghei ORDZHONIKIDZE, vers ses collaborateurs, premièrement vers Monsieur Pierre PELOU, le Directeur de la Bibliothèque, et vers toutes les personnes qui l’ont aidé et qui nous ont aidé, qui ont été si proches de mes collaborateurs, qui se trouvent ici, à Genève, ou qui viennent d’arriver de Bucarest, pour leur professionnalisme, leur disponibilité, pour leur solidarité intellectuelle totale.

 

Mes sentiments de considérations se dirige aussi vers les dévoués spécialistes de la Direction des Archives Diplomatiques du Ministère des Affaires Etrangères de la Roumanie, qui nous ont fourni, une fois de plus, la preuve de leur profesionnalisme et de leur dévouement, que j’ai eu la joie de rencontrer dès le commencement de mon mandat de Ministre des Affaires étrangères et de Président de la Fondation Européenne TITULESCU.

 

Je soulignerais ainsi l’apport de Monsieur George G. POTRA, intellectuel roumain de marque, qui se trouve ici, à côté de moi, et qui ajoute aux volumes consacrés à Nicolae TITULESCU un don de quelques centaines d’images, photographies et fac-similés de sa collection personnelle, offerts en vue de leur exposition aujourd’hui, à Genève, ainsi que dans d’autres capitales.

  

 

          Monsieur le Directeur général,

Monsieur le Directeur,

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

 

Il y a une demi-heure nous sommes allés sur la pelouse devant le Palais pour caresser de notre vue la sculpture du Penseur, juste après avoir inauguré une plaque commémorative à l’Hôtel des Bergues, le laboratoire d’automne de Nicolae TITULESCU, qui revenait chaque année à Genève, plein d’espoir et de confiance, d’énergie, d’ intelligence et de dévouement.

 

Nous avons monté ensemble quelques paliers de l’aspiration éternelle vers le mieux pour vous inviter à parcourir l’itinéraire de celui que nous ne devrions pas oublier aussi longtemps que cette institution existera.

 

Il serait impossible d’épuiser tout le catalogue de cette exposition. Je vous invite à faire quelques pas pour redécouvrir ensemble le destin de celui qui a été toujours primus inter pares, à Craiova tout comme à Paris.

 

Vous pouvez le retrouver, à Iasi et Bucarest, comme très jeune professeur universitaire, encore dans ses vingtaines. Et ensuite comme membre du Comité National de l’Unité Roumaine, à Paris, la ville d’où des intelligences brillantes ont irradié vers toutes les chambres de résonance de l‘Europe et de l’autre côté de l’Océan.

 

Doué d’une intelligence fulgurante, de clairvoyance et de courage politique - TITULESCU a été deux fois Ministre de Finance - dont les démarches, même si ne jouissant pas de l’admiration de ses contemporains, ont retenu l’intérêt  de la postérité.

 

On le retrouve à Saint James comme partenaire de l’Etablissement politique et économico-financier, qui a conféré au « Lord » des Balkans la plus haute distinction de l’Empire Britannique – il s’agissait, je dirais, d’une quasi-exception.

 

Le premier ministériat de Nicolae TITULESCU au Palais Sturdza - un bijou architectural faisant la fierté de Bucarest dans les années ‘40 - a été interrompu  par sa nomination, à deux reprises, comme Président de l’Assemblée de la Société des Nations, montant à la Tribune du Palais Wilson.

 

Les souvenirs, notations et réflexions de ceux qui ont connu Nicolae TITULESCU, soient-ils Premiers Ministres, Ministres des Affaires Etrangers, d’autres hauts fonctionnaires,  journalistes prestigieux,  reconstituent non seulement la biographie du philosophe idéaliste et diplomate du « real-politik », mais nous offrent également un moment de méditation sur l’histoire du milieu du siècle passé.

 

Dans les années ‘30, lors de son deuxième mandat comme Ministre des Affaires Etrangers,  Nicolae TITULESCU  se fit remarquer dans notre région, de l’Europe Centrale et du Sud-Est, en tant que  Président de la Petite Entente et de l’Entente Balkanique, organismes de sécurité ayant pour but d’empêcher la violation du droit par la force.

 

Le sceau de TITULESCU se retrouve inscrit sur les traités fondateurs de ces organisations internationales de sécurité collective, sur d’autres accords et traités bilatéraux se portant comme bouclier de l’intelligence, de la justice et de l’humanité contre la guerre.

 

 

 

 

 

 

Distingué auditoire,              

 

J’ai évoqué seulement quelques moments de l’œuvre politique et diplomatique de Nicolae TITULESCU, qui l’a consacré comme grand penseur et créateur, prestigieux homme politique et diplomate.

 

A travers les documents auxquels il a souscrit, à travers toutes ses écritures et conférences nous identifions Un homme pour une idée, l’homme du siècle à venir, un précurseur de l’Europe d’aujourd’hui. C’est l’Europe qui l’a voulu sans disparités entre les zones, les idéologies, sans adversités, égoïsmes, intérêts partisans, qui l’a voulu unie, jouissant de la spiritualisation des frontières. Une Europe dans laquelle chacun puisse se sentir proche de son autrui, dans une union - conçue comme vision globale - où les valeurs intellectuelles et morales puissent porter fruits au bénéfice de la prospérité, du progrès, d’une nouvelle humanité.

 

TITULESCU a vécu le désastre du déclenchement de la deuxième guerre mondiale et il est mort loin de son pays.                

 

L’exposition que je vous invite à parcourir ensemble apporte des témoignages inconnus, jusqu’à présent, sur les échos internationaux de sa destitution ignoble en 1936, de son renvoi dans l’anonymat, de sa mort injuste et prématurée en 1941.

 

Vous pourriez constater que malgré les difficultés, ceux qui ont aimé TITULESCU, ceux qui ont respecté son Testament - exprimant sa volonté « d’être enterré chez lui, au cœur de la Roumanie » - ceux qui ont senti le besoin de le garder parmi eux comme soutien d’âme et de pensée roumaine, n’ont épargné aucun effort pour l’emmener au pays natal.       

 

En 1992, dans le nouveau contexte d’évolution démocratique de notre pays après décembre 1989, il est devenu possible - par la solidarité et l’apport de toutes les forces politiques majeures de la Roumanie - d’accomplir cet héritage sacré, d’emmener Nicolae TITULESCU au sol natal, et puis sa femme, Catherine TITULESCU, quelques années plus tard. 

 

A Bucarest, nous sentons toujours le besoin de nous rapporter à TITULESCU, le créateur de droit international, le philosophe de la paix, l’homme politique et le diplomate qui réverbère au-delà de son siècle,  pour sentir son soutien et sa perspective, pour partager la grandeur de sa pensée, son intelligence pragmatique, la générosité et l’humanisme de sa vision.      

 

Les dizaines de volumes qui lui ont été dédiés, les centaines d’études et les milliers d’articles parus chez nous et ailleurs, mis en évidence d’une manière sommaire par des images sur les panneaux de cette si grande et, cependant, si restreinte exposition, portant des signatures honorantes et pleines d’honneur à la fois, jalonnent les étapes d’une vie qui est en mesure de nous faire continuer, y compris d’ici, de Genève, de nouvelles trajectoires intellectuelles, motivées par le besoin de comprendre la vérité. 

 

La statue de TITULESCU veille aujourd’hui le Ministère des Affaires Etrangères  de la Roumanie, comme une effigie, comme un attachement, comme un testament que nous avons assumé avec la fierté et l’humiliation d’être ses continuateurs sur la voie de l’accomplissement du destin que nous envisageons,  nous désirons et espérons européen.

 

Je vous remercie de l’attention et de la générosité que vous m’avez offertes, de l’intérêt que vous associerez au parcours d’une biographie exemplaire, attachant vos pensées à celles de notre précurseur et contemporain, à la fois.

 

Je déclare ouverte l’exposition « Un homme pour une idée  - 120 ans de la naissance de Nicolae TITULESCU ».