Conférence

de Monsieur Adrian NASTASE,

Premier-Ministre de la Roumanie

 

 

« La vision de Nicolae TITULESCU sur la politique de paix

comme fondement des relations internationales »

 

 

 

 

 

 

 

 

Institut Universitaire de Hautes Etudes Internationales

 

Genève

 

15 avril 2002

 

 

 

 

 

 

 

Monsieur le Directeur

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

 

 

          J’ai l’honneur et le grand plaisir de m’adresser aujourd’hui à vous, tout en vous exprimant mes plus vifs remerciements pour votre présence ici, que j’apprécie comme un sincère hommage à la mémoire de Nicolae TITULESCU, homme politique et diplomate d’une réelle envergure internationale.

 

          La Roumanie célèbre cette année - tant dans les milieux académiques, que dans ceux  diplomatiques - le 120ème anniversaire de la naissance de notre illustre prédécesseur. Où ailleurs pourrions-nous mieux le faire qu’à Genève, cité dont l’image évoque par excellence la paix et l’essor des relations internationales depuis plus d’un siècle ?

 

          Par ailleurs, le Gouvernement de la Roumanie a déclaré l’année 2002 « L’Année TITULESCU », comme preuve de la haute considération que le peuple roumain attache à l’image de notre éminent compatriote. En effet, Nicolae TITULESCU a été, en même temps, un grand Européen et une personnalité contemporaine, par sa vision complexe du monde et de son avenir, une source d’inspiration pour le présent, au bénéfice de l’humanité.

 

          Par sa forte personnalité, par sa pensée active et novatrice, il a réussi à harmoniser son idéalisme avec une analyse réaliste et lucide sur l’évolution des rapports entre les Etats, dans un seul but: les diriger sur la voie du progrès économique et socio-culturel. Sa conception et son action soutenue en faveur de la Société des Nations, forum à vocation universelle dans le maintien de la paix et du renforcement de la coopération internationale, sont bien connus. Nicolae TITULESCU a contribué aux efforts consacrés au perfectionnement de cette institution afin qu’elle puisse répondre aux défis de son époque et à la nécessité de l’accomplissement de ses buts fondamentaux.

 

          Son œuvre appartient ainsi à la pérennité, représentant un message d’une évidente actualité.

         

          Nous nous trouvons ici, à Genève, en Suisse, ville et pays qui ont été pendant deux décennies si intimement liés à la vie et à l’action de l’infatigable soldat dans les tranchées de la paix – il s’agit des mots-mêmes par lesquels TITULESCU définissait sa vie. Nous devons en même temps rendre hommage à tous ceux qui, comme lui, ont consacré leurs efforts à la promotion des valeurs essentielles de la démocratie, à l’affirmation libre des nations, à la création de nouveaux fondements pour les relations entre les Etats, et ceci dans les conditions de leur intégration, d’une manière active, dans des structures et des mécanismes destinés à défendre et à renforcer le respect du droit international, conférant à celui-ci ordre et stabilité. 

 

          TITULESCU n’a pas été qu’un simple théoricien en droit international, mais aussi un combattant vigoureux sur la scène internationale.  Ses nombreuses prises de position, pleines d’énergie, dans les moments de crise, témoignent de son attitude lucide, constructive pour la création des instruments politiques, juridiques, économiques, culturels ou militaires - continentaux ou régionaux - capables d’offrir l’efficacité nécessaire à la solution des problèmes si complexes de la période d’avant la deuxième guerre mondiale.

 

          « Orateur de la paix », comme il a été nommé par bon nombre de ses contemporains, TITULESCU a toujours fait appel à la raison et à la responsabilité face au destin de l’humanité. De ce point de vue son oeuvre continue à faire appel aujourd’hui, par ses fortes résonances dans la mise en place et dans la détermination des évolutions géopolitiques, à une profonde et si nécessaire réflexion, mais en même temps à une action vigilante et continue, à laquelle doivent contribuer tous les Etats et nations.    

 

          Il disait : « La paix n’est possible que dans la mesure où la communauté internationale, les relations entre les Etats se fondent sur le respect réciproque de l’indépendance et sur l’égalité des droits, à savoir sur le droit souverain de chaque pays de construire son propre destin ».

 

          Dans sa conception, le «fondement de la paix », en tant que source de vie et de progrès, devait reposer sur un « état d’esprit »,  qui stimule le dialogue et la coopération, pour dépasser les contradictions entre les Etats.

 

          Je vais me référer à présent à l’actualité de sa vision sur la construction de l’Europe Unie et sur l’identité européenne de la Roumanie, en cette année d’une importance historique pour la politique extérieure de notre pays, et en ces années de  consécration, définitive – je l’espére - de la place de la Roumanie dans la configuration du monde libre d’aujourd’hui. Nous nous trouvons maintenant à un croisement de chemins, à un moment ou l’on peut rompre définitivement avec la longue lignée de cycles brisés pour rejoindre une construction solide, durable, conjointement avec les autres Européens.

 

La vision de Nicolae TITULESCU, qui passe du national, à travers le régional, vers l’universel, se projette aujourd’hui dans notre politique extérieure à travers l’esprit des valeurs et des normes de la communauté euro - atlantique que nous assumons dans un esprit de consensus national.

 

Je nourris la profonde conviction que notre identité nationale – identité européenne - exprime la réalité de notre vraie vocation historique : tolérance inter-ethnique, solidarité humaine, cohabitation paisible, basées sur l’intérêt commun, valeurs si appréciées par TITULESCU. De même, j’ai la conviction que la reconnaissance du système démocratique inspiré des valeurs européennes a produit en Roumanie des mutations durables, qui ne peuvent plus être suspectées comme étant des situations conjoncturelles ou qu’il s’agit d’un double discours.

 

Sans assumer d’une manière responsable l’essence des valeurs de la communauté, y compris des valeurs stables du droit, nos efforts auraient été incomplets. Cette vérité est elle-même l’expression du concept général de TITULESCU sur les relations internationales. C’est, en réalité, l’illustration de son attachement constant envers les principes juridiques et moraux qui devraient gouverner la vie des peuples et les relations entre eux. Son modèle humaniste d’organisation internationale - basé sur l’ordre, la stabilité et l’efficacité du droit, représente l’effort d’un penseur préoccupé de trouver des voies et des moyens pratiques pour faire respecter d’une manière responsable les valeurs consacrées.

 

Voilà pourquoi les progrès substantiels enregistrés par la diplomatie roumaine ces derniers mois dans les relations de coopération et de partenariat avec nos voisins sont reconnus et appréciés partout en Europe. Je pense par exemple à la manière dans laquelle ont été conclus les relations de partenariat avec la Hongrie ou dans la mise en œuvre des normes européennes sur les minorités nationales.

 

C’est une réponse actuelle dans la continuité de l’esprit ouvert qu’année après année, TITULESCU s’est efforcé à promouvoir comme base du bon voisinage dans le contexte si compliqué de l’époque.

 

L’une des remarquables contributions de l’œuvre de TITULESCU a été la conviction concernant l’ancrage de la Roumanie à l’Europe et de l’Europe à la Roumanie. Ce dévouement a été la clé de voûte de ses succès visant à démontrer la vocation européenne du peuple roumain. TITULESCU nous a confié cette mission. « Les idées – disait-il – ne meurent pas avec ceux qui leur ont donné naissance. Ceux qui mourront pour une idée sont des héros dont le testament ne contient qu’un mot : continuez ! ».

 

Aujourd’hui, en remémorant le courage de l’action politique de TITULESCU, j’ai la conviction que la Roumanie sera plus respectée et sûre de son identité européenne si elle sortait de l’ombre des petits compromis, du « laissez-faire », de la résignation face à un destin dont elle serait seulement victime. Nous voulons construire une communauté nationale qui tienne compte des intérêts individuels et collectifs de ses citoyens qui comprennent leur identité dans la solidarité, une communauté dans laquelle l’espoir serait plus naturel que l’apathie ou le cynisme.  

 

Nicolae TITULESCU n’a pas hésité à rappeler aux grandes démocraties occidentales que leurs intérêts ne s’arrêtent pas à leurs propres frontières. Pleinement conscient de l’indivisibilité de la sécurité européenne, ainsi que du fait qu’aucun Etat du continent – si éloigné qu’il soit géographiquement d’une zone de  conflit potentielle ou effective – ne peut se dérober aux responsabilités qui lui reviennent dans le plan de sa défense, TITULESCU est le précurseur de cette solide œuvre pour la cohésion pan-européenne à laquelle notre politique extérieure contribue chaque jour.

 

Il est impressionnant de voir combien nos concitoyens appuient aujourd’hui  l’objectif d’adhésion à l’Union européenne et à l’OTAN, en assumant par ce soutien l’appartenance au système économique, social et aux valeurs européennes. Cet appui exprime notre souhait collectif de marquer l’irréversibilité des réformes politiques et économiques, l’intégration économique dans un système ordonné, qui fonctionne et qui est capable de faire face aux nouveaux défis de la globalisation, l’accès aux connaissances les plus avancées.

 

La plupart des Roumains considèrent l’intégration dans l’Union européenne et dans l’OTAN comme la seule garantie pour notre souveraineté démocratique et la vraie garantie pour l’aboutissement de la prospérité et de la sécurité de chaque citoyen. Notre histoire récente ainsi que nos souvenirs lointains nous ont aidés à discipliner nos émotions et à poursuivre ce but dans des termes rationnels. Nous avons appris, au prix d’un énorme sacrifice humain et économique, la vraie valeur de la démocratie et de la souveraineté dans le cadre du système européen et euro - atlantique basé sur l’Etat de droit et la dignité humaine. Le réalisme et l’abandon des vieux clichés sont des repères actuels de notre politique extérieure dans la lignée du même pragmatisme que TITULESCU avait induit à ses contemporains.

 

L’impressionnante volonté de faire « l’histoire des nations »  du Centre et de l’Est de l’Europe, projetant leur futur ensemble sur celui de l’Europe de l’Ouest et dans la dimension trans-atlantique, est aujourd’hui l’énergie dont la solidarité de l’OTAN a besoin. Nous appartenons tous à une génération historique de la révolution pour la liberté et la démocratie. Nous appartenons tous à un cycle historique qui a changé la carte politique de la division de l’Europe à travers le Rideau de Fer.

 

Nous avons prouvé, chacun à notre manière, que nous avons le courage d’assumer la responsabilité des grandes transformations au nom des plus profonds idéaux qui donnent sens à l’existence de l’Europe unie et de l’Alliance Nord-Atlantique. Nous sommes capables d’apporter avec nous vision et courage. Un infatigable courage et une épatante soif de succès. Ces mérites ne sont-ils pas ceux dont l’Europe a besoin maintenant?

 

La Roumanie, en tant que partie de l’esprit de l’Europe Occidentale, est prête à assumer son rôle de transformer la simple figuration géographique de la soit-disante frontière de l’Est de l’Europe Unie en une passerelle de lancement des valeurs européennes dans les espaces connexes. Le ralliement des Balkans de l’Ouest à l’esprit européen, l’acquis pour la République de Moldavie de la vocation européenne, la projection vers l’espace de la Mer Noire et du Caucase des valeurs de l’unité européenne sont des processus qui bénéficieront de notre expérience régionale.

 

Notre profond attachement à  l’adhésion aux structures européennes et euro-atlantiques ne signifie pas qu’il faille négliger les relations avec les partenaires d’autres zones géographiques et nous comprenons qu’être pro-occidental ne sous-entend ni ambiguïté ni une relation distante envers les partenaires de l’Est. J’ai la conviction qu’en poursuivant une politique extérieure harmonieuse, avec vision et persévérance, nous trouverons aussi les réponses aux questions - que nous sommes encore tentés de nous poser - sur les bénéfices historiques de l’intégration en rapport avec les supposés sacrifices historiques.

 

La célèbre réponse de TITULESCU sur le problème des lignes de démarcation et les frontières était celle ci : « Ce n est pas en déplaçant la frontière de quelques kilomètres vers l’Est ou l’Ouest que l’on sauvegarde le mieux la paix. Ce qu’il faut faire pour assurer la paix c’est que les peuples, avec toute la sincérité et sans arrière-pensées, travaillent pour la spiritualisation de la frontière par des accords de toute sorte… ».

 

TITULESCU avait compris, mieux que quiconque à son époque, qu’une consolidation des relations de bon voisinage, y compris en ce qui concerne les relations sous-régionales, pourrait devenir  une puissante garantie pour la paix. Le diplomate roumain était conscient que tant que les pays d’Europe centrale ne seraient pas soutenus par les pays occidentaux dans leurs aspirations de paix, tant que les pays occidentaux ne verraient pas dans les menaces envers les pays d’Europe centrale des menaces envers eux-mêmes, les efforts contre la guerre resteraient précaires. L’Entente balkanique (« On a assez souffert – disait-il –, les Balkans ont été trop longtemps les plaines sanglantes d’une humanité folle… » ), la Petite Entente, sont des expressions de sa conception sur le rôle préventif de la sécurité internationale, dans le climat si agressif et contestataire de la période de l’entre-deux guerres.

 

Nous comprenons que le chemin le plus sûr vers la sécurité et la stabilité en Europe est la promotion de l’inclusion et non de la division, le rapprochement des partenaires du voisinage des valeurs communes euro - atlantiques et l’identification de solutions communes aux problèmes communs. C’est là le sens des valeurs inscrites dans la Charte pour le bon voisinage, la coopération, la stabilité et sécurité dans le Sud-Est de l’Europe, qui soutient la solidarité régionale. C’est aussi le sens de la récente initiative de coopération danubienne lancée par la Roumanie avec l’Autriche, la Commission européenne et le Pacte de Stabilité, qui sera inaugurée prochainement à Vienne.

                                                                                                                  

L’Europe ne sera vraiment entière et libre que lorsque nous écarterons la barrière psychologique de la ligne qui sépare virtuellement les zones culturelles de l’Europe. Notre démarche européenne encourage l’élimination des lignes de division de la prospérité par des actions visant à promouvoir les chances égales et l’accès total, sans préjudice pour la spécificité de l’identité nationale.

 

La modernisation des sociétés européennes ne peut ignorer le fait que les gens regardent au-delà de l’efficacité et de l’homogénéité globale, vers leurs racines, leurs valeurs et leurs familles. D’autre part, être citoyen de l’Europe Unie suppose une identité renforcée et d’éviter l’anonymat, qu’il soit national, ethnique, culturel ou religieux. Il faut éviter que la confiance des citoyens face à la nouvelle construction européenne soit diminuée par la dilution de la souveraineté nationale en une masse uniformisée d’un point de vue politique au-delà des identités nationales. « La souveraineté des nations continue d’exister, mais grevée  d’une servitude internationale en faveur de la paix » - disait TITULESCU.

 

Nous entendons par une Europe Unie plus que la simple somme des contributions individuelles de chaque Etat. Une communauté européenne solidaire pourra être une construction durable dans la mesure où tous ses citoyens auront le sentiment d`être vraiment représentés et seront impliqués dans ce grand projet. La Roumanie, par ses données démographiques, par son potentiel économique, humain et son impressionnante qualité culturelle européenne, sera un nouveau membre important de l’édifice de la nouvelle construction européenne.

 

L’harmonie nationale de la Roumanie est la confirmation la plus précieuse des mérites de la cohésion par la diversité vers laquelle l’Europe Unie souhaite s’orienter : cohésion sociale, cohésion culturelle, cohésion d’intérêts, cohésion compétitive. Tels sont les emblèmes du nouveau paradigme européen que la Roumanie peut et veut assumer : l’harmonie, la compétitivité et l’attraction du modèle de société unie et diversifiée.

 

Je crois que la création de l’Union Européenne à laquelle nous voulons contribuer par un effort national substantiel ne pourra être réalisée par la dissolution des identités nationales européennes. Je crois plutôt en un processus de création d’une démocratie européenne ayant comme fondement la culture du pluralisme et du respect inaltéré des intérêts des citoyens. Ce n’est pas l’intégration européenne comme but abstrait  (pour elle-même), mais le degré de prospérité qui peut donner la mesure de la plus-value produite par l’intégration, dont chaque région du pays, chaque citoyen doivent bénéficier. Sur un tel fondement nous serons à même de recréer le sens profond de l’Europe sociale. L’Europe sociale ne signifiera pas seulement l’approfondissement de l’identité commune mais également plusieurs opportunités sans obligations. L ‘Europe sociale devra se charger d’obligations, dont la responsabilité des gouvernements face à ses citoyens est primordiale.

 

Etre européen aujourd’hui et synchronisé avec le rythme de développement de l’Europe signifie des règles, le respect de la loi, le sérieux des engagements. Une politique extérieure efficace et au service de chaque citoyen doit être soutenue par une politique intérieure cohérente et courageuse.

 

Comme la liaison étroite entre la politique extérieure et celle intérieure à laquelle TITULESCU se référait, avant les engagements nationaux envers l’Europe se place l’engagement envers tous les citoyens de la Roumanie : assurer un développement économique sain et durable, dans lequel l’investissement dans le capital humain, l’éducation, les opportunités de progrès individuel, soit la source de notre avantage compétitif comme nation.

 

« Nous vivons une époque difficile ; une transition se produit d’une forme de vie collective à d’autres ; beaucoup de vérités anciennes sont mortes ; les nouvelles vérités ne sont pas encore suffisamment claires pour qu’elles puissent se transformer en forces actives » - disait TITULESCU. Il est devenu diplomate européen en agissant contre toutes les forces ou initiatives qui mettaient en question, en égale mesure, la sécurité de son pays et l’ordre européen issu de la première guerre mondiale. « La paix doit être conquise et pas proclamée », disait-il.

 

Une telle évaluation est valable aussi pour notre époque. La fin de la « guerre froide » est une certitude ou presque, mais les contours de la nouvelle stabilité ne sont pas encore établis. La logique de la sécurité internationale reformule de plus en plus les moules de la bipolarité, tout en s’éloignant progressivement des sphères d’influence lorsque les menaces asymétriques ont imposé les nouvelles priorités de sécurité. La division économique entre pays et régions géographiques impose une nouvelle solidarité globale : le rétablissement de la croissance durable, des actions visant à projeter et consolider une sécurité renforcée à même de répondre aux nouvelles menaces, la redéfinition des nouveaux défis pour les milieux d’affaires au niveau national et mondial et la (re)création d’un système de relations commerciales ouvertes.

 

Dès 1931 Nicolae TITULESCU disait « Je me réfère au désarmement moral ayant comme objectif la révision des livres d’école afin de développer chez les jeunes l’esprit de solidarité internationale ». La réalisation de notre compatibilité avec l’Europe sera la reconnaissance de l’identité européenne de tous nos citoyens, sans distinction d’origine ethnique.

 

Je suis profondément convaincu que la plus grande réalisation des 12 années de post-communisme est le nouveau militantisme démocratique de la nouvelle génération ayant comme fondement la compréhension et l’application de leur courage. L’investissement dans le capital d’éducation, dans leur créativité dans les domaines de pointe de la communication et la stimulation continue de l’esprit démocratique représentent des investissements que nous devrons cultiver sans relâche.

 

Je ne souscris pas à la thèse selon laquelle il existerait plusieurs Europes. Je préfère croire qu'il existe une seule Europe qui a besoin de nous tous afin de guérir de ses anciennes fractures.

 

La leçon d'histoire du siècle passé est évidente ; la révision des frontières et la création d'espaces épurés selon des critères ethniques ou religieux contiennent inévitablement les germes de l'insécurité. Pour cela, notre politique extérieure  continuera à combattre et à décourager toute tentation nationaliste ou révisionniste, étrangère à la réalité européenne contemporaine et qui se trouverait en totale contradiction avec l'esprit des relations entre les Etats ayant une identité démocratique. Ce sont des objectifs pour lesquels TITULESCU a mobilisé, avec dévouement et courage, toute son énergie, des objectifs qui sont aujourd’hui si présents. 

 

Aujourd'hui, le crime organisé, l'absence de légalité et les actes extrémistes sont des maladies qui menacent la stabilité et qui prolifèrent dans les zones noires ; caractérisées par le manque de perspectives.

 

La pauvreté et l'absence de chances crédibles pour une vie décente chez plusieurs communautés des Balkans de l'Ouest, de l'Est de l'Europe, de l'Asie Centrale, constituent un lourd fardeau, suite à des années de transition de la dictature vers la démocratie, de la guerre à la coopération.

 

L'intolérance ethnique et religieuse, le fondamentalisme, les vieilles obsessions nationalistes du passé sont encore, dans certaines zones, plus puissants que la perspective d'une synchronisation avec les valeurs européennes.

 

Face à ce défi, nous pensons que par l'intégration des nouvelles démocraties du Centre et du Sud-Est de l'Europe dans l'Union Européenne et dans les structures euro-atlantiques, nous pourrons mieux contribuer à la construction de la stabilité politique et économique, pour le bien de l'Europe entière.

 

Dans la galerie des personnalités du siècle passé, marqué par de grands exploits mais aussi par de grandes souffrances pour la nation roumaine, Nicolae TITULESCU se distingue comme l’un de nos mentors les plus illustres. Et cella parce qu'il a su allier le devoir à l’amour de la patrie pour trouver la juste mesure entre les intérêts du pays et les intérêts du continent et du monde entier. C'est avec cette mesure que nous, les Roumains, nous contribuons aujourd’hui à la solidarité des Nations Unies.

 

Evoquer aujourd'hui quelques-unes des idées visionnaires de TITULESCU, c’est une invitation à la réflexion sur les mérites de son esprit européen.

 

Je fais confiance au fait que l'histoire lui donnera raison d’avoir rêvé au destin solidaire de notre Continent Européen. C'est un défi à travers le temps de notre grand précurseur, et c'est un devoir que nous avons, celui de transposer en actes son dévouement profond pour la paix, pour la cohésion européenne et pour la bonne entente entre tous les peuples du monde.